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29/07/2014

Perséides

Je me souviens… L'été, au cœur du mois d'août, on partait le soir pour aller admirer les étoiles filantes.

Tard après dîner, car il faut que la nuit soit déjà bleue, nous enfilions de vieilles pélerines : pas tant pour nous protéger de la fraîcheur qu'en prévision de la mise en place. Dans l'obscurité, accompagnés par la chanson des crapauds - "bu… bu… bu…" - on aurait dit une procession de moines un peu clandestins.

Les vers luisants traçaient notre route vers le Mont de Lucey. A mi chemin, nous avisions l'un des grands prés et c'est là, dans la pente, que nous installions les pélerines pour nous y allonger. L'air sentait bon l'herbe chaude du soleil d'été… En se taisant, on pouvait capter les signes de vie nocturne des insectes et autres petits rongeurs des champs.

Les yeux dans le magnifique ciel du plein août, il ne fallait pas longtemps pour apercevoir la trajectoire dorée des premières étoiles filantes. Oh !... Ah !... Regarde !... Comme au feu d'artifice, nous admirions un moment le spectacle et formulions des vœux très secrets. Puis l'on revenait ensuite par la vieille route, sans plus voir grand-chose, laissant le sommeil nous envahir doucement. Bien sûr, on s'endormirait les yeux pleins d'étoiles...

nuit d’été étoilée
que m’importent
les affaires des hommes

09/02/2014

Piano débutant

Je me souviens… j'ai appris à jouer du piano. Pas très longtemps ; enfin cinq années, tout de même… Puis je me suis arrêtée comme tant d'autres, et je regrette souvent aujourd'hui. 

Tout au début, cela se passait dans la ville de mon enfance, j'ai dû commencer vers 6 ans. Chaque semaine j'allais chez Madame Davot, la femme du maire : professeur énergique et déterminée, qui m'a bien sûr initiée à la Méthode Rose, à Czerny et Hanon. La leçon se déroulait chez elle dans une toute petite salle un peu sombre, et je vois / sens encore son geste pour me reprendre, empoignant mon doigt pour le plaquer sur la bonne touche du piano. Aïe… 


Après que j'aie pu démarrer sur le demi-queue de ma tante (chic, non ?) entreposé un temps à la maison, les parents avaient acheté un piano droit qu'on a installé dans le "grenier": la pièce qui servait pour le repassage, les jeux et le patin à roulettes. J'y travaillais mes gammes et les premiers morceaux que ressassent tous les jeunes élèves : Menuet en sol (clic), La Lettre à Elise (clic) ou Le Petit Nègre (clic). 

Pendant les vacances, plus de cours mais tout un programme d'exercices, que je pouvais avancer sur le piano de tante France. En passant sous les fenêtres on pouvait constater comme je pianotais bien. Enfin… de temps en temps c'était moi, mais parfois c'était plutôt ma cousine Danielle - devenue pianiste professionnelle - qui parcourait les exercices pour moi…! 


Le départ en pension a marqué l'entrée au Conservatoire. En parallèle du piano, cours de solfège obligatoires : dictées musicales, intervalles, altérations et demi-tons, etc. La première année s'est plutôt bien passée, mais ça s'est gâté ensuite. Le solfège, c'est vraiment le tue-plaisir du débutant. Je me rappelle encore le nom du professeur de seconde année qui m'a complètement découragée : il s'appelait Banaszak. J'ai fini par tout abandonner, bêtement bien sûr, et on a revendu le piano droit pour une bouchée de pain…

07/10/2013

Pensionnaire

Je me souviens… de mes années de pension. Propulsée par la croyance des parents - persuadés que le lycée public de ma ville natale n'était pas assez bon pour leur progéniture - j'ai intégré à neuf ans la bonne école de l'Assomption, à Saint-Dizier [Saint-Dizier, vous ne voyez pas ? normal, un peu perdu en Haute Marne...]
 
Je me souviens… L'arrivée la veille de la rentrée parmi les autres pensionnaires, pour découvrir et investir les bâtiments dortoirs, nous installer dans nos petits boxes à rideaux "style provençal", avec mini cabinet de toilette à partager à trois ;
 
Les bonnes sœurs en violet, plutôt attentionnées, dont les noms et les visages me reviennent fort bien : Sœur André responsable des 6ème, Sœur Marie-Charles (dite 'Charlotte') en charge des 4ème, Sœur François d'Assise, pour les 3ème…
 
Les départs du lundi matin, aux aurores ; avec quelques filles de Bar et des alentours, internes comme moi, nous faisions navette commune ; maman me préparait des goûters pour la semaine - délicieux Figolu ! - qui ne tenaient pas 36 heures…
 
Les distractions organisées parfois en semaine pour les pensionnaires : séances de "Connaissance du Monde" au Théâtre municipal ; ciné club où j'ai vu pour la première fois Johnny Weissmuller en Tarzan… ; puis au fil du temps et prenant de l'assurance, les frasques à plusieurs pour s'échapper le soir : le mur à passer derrière le dortoir, sans réveiller la surveillante, voire les clés "'empruntées" dans le tiroir de l'accueil, les ballades de nuit dans la ville endormie, les tentatives de fumerie diverses, l'adolescence et ses découvertes…
 
Aujourd'hui tout cela est bien loin, et l'école de l'Assomption de Saint-Dizier a fermé ses portes, je crois…
 
Assomption - 1976
 

22/07/2012

Amitié

Je me souviens… en sixième, je me suis fait ma première vraie meilleure amie. Pensionnaire à dix ans loin de chez moi, même si je rentrais le week-end, la maison de Bénédicte a rapidement constitué mon home d'accueil le mercredi après-midi.

C'était une grande maison, bien particulière puisqu'elle abritait… quatorze enfants ; Bénédicte étant la quatorzième. Escaliers et multiples chambres, recoins, allées et venues des uns, des autres, des amis (de tous âges, forcément), grandes tablées aux repas, débats animés à tout moment… pour moi qui suis la dernière un peu loin après mes frères et sœur, le rythme et la logistique phénoménale nécessaire pour faire "tourner la boutique" étaient un spectacle en soi.

Des années de primaire jusqu'à notre venue à Paris, des goûters d'enfants aux vacances entre copains, du partage des secrets à la liberté des premières années étudiantes, Bénédicte a été la compagne des étapes de toute mon adolescence. Pour des raisons qui me restent floues, nos trajectoires se sont ensuite déliées…

Je garde l'image vivace d'une jeune fille brune aux yeux de jais, intense, un peu secrète et parfois ombrageuse, dont l'amitié m'a manqué quand elle s'est éloignée. Aujourd'hui 22 juillet, quelque part en France ou ailleurs, Bénédicte a 50 ans, et je pense à elle.

25/03/2011

Feuillages et bouquets

Je me souviens... maman adorait les fleurs ! Depuis le petit bouquet qui nous attendait toujours dans nos chambres au retour de pension jusqu'aux grands travaux de printemps dans les plates-bandes, elle avait la main verte et fleurissait notre environnement.
On partait souvent avec un sécateur pour les promenades, qui se transformaient facilement en moisson de fleurs et feuillages. Je garde en mémoire la découverte des rares scylles au bleu merveilleux, des gros chardons argentés dont il fallait ensuite soigneusement épiler le coeur, des disques nacrés de "monnaie du pape", des "bonnets d'évêque"...


Il y avait aussi les herbiers d'été, la cueillette, le repérage dans les répertoires de la flore champenoise ou bourguignonne, la réalisation des pages de cahier à dessin avec illustration et légende.

En octobre, la ballade se transformait en mission : rapporter les plus beaux rameaux de hêtre ou d'érable, orangés et dorés par l'automne. Je me rappelle le temps pris au retour pour conditionner cette récolte, glycériner le bout des tiges et mettre les branches à sécher sous les tapis ou les matelas, afin que les feuilles s'aplatissent bien. Après un temps, on pouvait exhumer l'ensemble, et composer des bouquets presque éternels ! Il reste encore à Lugny certains de ceux créés par maman…

02/02/2011

Chandeleur

Je me souviens... à la Chandeleur, il y avait la soirée crêpes bien sûr, mais il y avait surtout la foire et les forains qui s'installaient pour quelques jours sur le Jard, une esplanade entourée d'arbres située tout près de la maison.

Après avoir observé leur mise en place pendant quelques jours, j'adorais aller arpenter le gravier poussiéreux et faire escale pour regarder chaque attraction : des manèges pour les petits au train fantôme, des chevaux de bois au tourbillon blanc, en passant par les stands de tir, le grand huit, la loterie et son camion de poupées et de peluches à gagner, et puis les autos tamponneuses - dans lesquelles on n'avait pas le droit de monter avant tel âge... mais on bluffait, bien sûr !

Flon-flons, allées et venues des chalands dans les effluves de gaufre et de hot-dog mêlées, rires et cris d'effroi tout ensemble créaient une joie collective effervescente et merveilleuse. Avec la proximité de la maison, j'étais même autorisée à retourner le soir profiter encore de cette ambiance de fête.

Mention particulière pour le stand de barbe à papa qui m'a longtemps hypnotisée : je ne comprenais pas comment cette énorme boule nuageuse pouvait naître de quelques grains de sucre rose...
Mention plus "spéciale" pour le circuit de karting qui a fait mon bonheur pendant les dernières années à Bar. A cette époque, je ne m'intéressais plus guère au reste, mais passais ma journée à jouer au pilote de course : mon côté garçon manqué !

09/10/2010

Le "pick-up"

Je me souviens… quand j'étais petite, nous écoutions la radio ou la musique sur un énorme pick-up Grundig : genre 120 cm de long sur 50 de large, très haut sur ses pieds et que je ne pouvais évidemment manipuler seule. On devait m'installer tel disque, régler l'histoire du 33 ou 45 tours - il me semble même qu'on avait encore des 78 tours - puis déposer délicatement le saphir sur la galette. Après la face 1, il fallait venir retourner le disque…

Je me rappelle bien ces bons moments, assise sur le tapis devant le haut-parleur, à écouter indéfiniment la série des "Babar", de Jean de Brunhoff : avec la Vieille Dame, Cornélius, Céleste, Arthur, Rataxès le roi des rhinocéros, et le petit singe Zéphir… Puis aussi "Piccolo, Saxo & Cie", version François Périer : un conte magnifique pour découvrir les instruments de l'orchestre, la famille des cordes, la famille des bois, celle des cuivres, des saxophones… et sa majesté le piano ! Ou encore "Pierre et le Loup", version Gérard Philippe sur la musique de Prokofiev, où chaque personnage est représenté par un instrument de musique différent : le canard dans la mare, l'oiseau, le chat dans le pré, et Pierre échappé du jardin. Le loup qui surgit de la forêt, poursuivi par les chasseurs...

Dans une seconde époque, je me souviens aussi de quelques fleurons du comique musical ou non, qui ont dû s'user tant ils ont été écoutés familialement : les Frères Jacques (en particulier les chansons de Prévert & Kosma), les Quatre Barbus, Jacques Bodoin… Ceci a créé de véritables références communes, dont je ne doute pas de la force de rassemblement. Pour ramener à votre souvenir les meilleurs extraits, cliquez ci-dessous !

Inventaire de Prévert (Frères Jacques)

Ouverture du Barbier de Séville (Quatre Barbus)

La Table de multiplication (Jacques Bodoin)

23/08/2010

Déguisements

Je me souviens… d'interminables parties de déguisements, certains jours de mon enfance.

Il y avait au grenier - ça se trouve toujours dans un grenier… - une vieille malle en carton pleine de frusques et vêtements surannés, robes longues, jupons, châles, dentelles, caracos décousus, sacs à main, ombrelles, chapeaux démodés… Avec les amies de l'époque nous allions parfois y fouiller ; selon l'inspiration, chacune s'inventait un personnage et cela dérivait en histoire, feuilleton, voire saynète à rejouer ensuite pour les parents.

Je me rappelle aussi les goûters d'anniversaire où l'on était convié déguisé. Sur sa vieille machine à coudre Singer, maman s'ingéniait des jours à l'avance à me fabriquer elle-même de super costumes… Le premier fut un déguisement de Bécassine : tout à fait dans les règles, robe verte avec un peu de rouge, jupon bouffant, tablier blanc, et aussi un petit bonnet à "oreilles" brodé de dentelle… Avais-je l'air aussi naïf que l'héroïne ?

Une autre fois, je me souviens avoir été très fière d'un costume de moujik russe, façon "Jivago" : boots de récup, jean velours recyclé en "corsaire", mais surtout une magnifique chemise blanche aux manches très larges, brodée avec amour au col et aux poignets d'un galon bleu et or…. une grosse ceinture et une mini toque en (fausse) fourrure ! Plus tard encore, à l'heure romantique du début d'adolescence, une belle tenue de Pierrot, veste et pantalon amples et blancs, en tissu soyeux, gros boutons noirs, fraise autour du cou, ballerines et petit calot noir ; cette fois-là, le résultat tenait pour moitié au maquillage, bien sûr.

Quelle patience pour concevoir, mettre au point et réaliser ces petits moments de bonheur éphémère : merci maman…

14/07/2010

14 Juillet

14 Juillet noyé de pluie… Tous ces militaires défilant sous des trombes d'eau sur les Champs Elysées, colorés, décorés, motivés, bien rangés, mais …trempés !!

Je me souviens… des images lointaines de certaines soirées de Fête Nationale.

Le feu d'artifice sur les berges de l'Aube, toute petite, un peu perdue dans l'ombre de tous ces adultes excités, les lueurs éclatant sur la rivière, le retour à pied à la maison les yeux encore illuminés.

Et comme les villes tirent toujours leurs fusées du même endroit spectaculaire, quelques années plus tard sur ces mêmes rives, la formule amusante du petit Jamil s'en allant regarder … "le feu dentifrice !"

Les lampions, un soir au retour de Lugny, entre chien et loup, au passage de Silvarouvres : juste une quinzaine de lanternes en papier bariolé, trouant la nuit de loin, agitées au bord de la route par des villageois heureux qui scandaient : "Vive - le quator - ze juillet ! Vive - le quator - ze juillet"

Les énormes pétards achetés à la droguerie du village, un peu en douce avec notre argent de poche, et qu'on partait faire claquer avec les cousins bien loin des maisons, pour ne pas se faire dire…

Mon premier "bal des pompiers", dans une caserne d'un quartier de Paris, sandales et robe légère, avec l'amoureux exotique du moment, qui m'a fait danser toute la nuit sur les flons-flons d'un orchestre de hasard …

10/05/2010

Lianes...

Je me souviens… Avant les premières cigarettes qu'on ne manquerait pas de goûter au lycée - bêtement influencés par les élèves de seconde, l'importance du groupe et d'y paraître "intégré" - mes cousins et moi avons d'abord découvert à Lugny comment fumer des lianes !

Pour ceux qui écarquillent l'œil… un petit rappel : la liane est la tige ligneuse d'une plante grimpante qui pousse en s'accrochant à d'autres plantes, à la roche ou à une construction. [Souvenez-vous : Tarzan sautant d'arbre en arbre dans la jungle, en se suspendant à des (grosses) lianes : aaaahihahihaaaaa…!! Bon, trêve.]
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La petite liane des forêts, elle, genre diamètre 0,5 à 1 centimètre maximum, se fume. Si, si ! Bon, d'accord, ça ne s'allume pas très bien : mais l'été pendant les vacances, on a tout son temps ! Première étape : la cueillette ; facile dans ma Bourgogne, il y en a partout de la liane, et plutôt trop ; ne pas prendre trop vert, plutôt sec. Secundo : le tri, la coupe, le stockage ; évidemment, l'idée à dix ans c'est de faire "comme les grands" et de se promener avec ses lianes bien rangées dans sa poche, comme un vrai paquet de cigarettes. Troisième étape : la cachette pour fumer ; car ce n'est malgré tout pas très permis, ni même d'avoir un briquet ou des allumettes…
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La meilleure cachette, c'était le clocher de la chapelle. On y accédait par un soupirail et un petit escalier en pierre, pour débarquer sous les toits, dans la pierraille, la poussière et les plumes de chouettes que nous devions déranger dans leur repaire. Accroupis là dans l'ombre, nous pouvions glousser à loisir, nous donner des airs, et tousser sans alerter personne !
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20/03/2010

Savoir enfin lire…

Je me souviens... Grâce à je ne sais quel atavisme, mais aussi à une maîtresse d'école géniale, j'ai su lire tôt. Pas pour me vanter, mais après la maternelle - qu'on appelait alors le "jardin d'enfants", joli concept… - j'ai même sauté le CP pour entrer directement en cours élémentaire. Je garde en mémoire le sentiment puissant d'indépendance et de plaisir lié à cette faculté de pouvoir un jour lire toute seule ; les heures passées dans ma chambre, plongée dans des romans de toutes sortes ; l'impact de ces lectures sur mes jeux d'enfant et l'imaginaire mis à l'oeuvre.

Après les premiers "Oui-Oui" encore écrits en gros caractères, vinrent d'abord les autres histoires d'Enid Blyton : Club des Cinq, Clan des Sept,… dans la bibliothèque rose. Je me rappelle aussi avoir lu tous les Comtesse de Ségur dans une vieille édition aux pages un peu jaunies mais aux illustrations savoureuses, dont je me demande bien aujourd'hui où sont passés les volumes… Puis je dérivai vers la bibliothèque verte - Alice détective, L'étalon noir - avant d'arriver à la série Flicka, de Mary O'Hara, et à l'inépuisable collection Signe de Piste : Le Prince Eric, l'Etoile de pourpre (Serge Dalens), Le Pays perdu (Jean-Louis Foncine)... on n'en avait jamais terminé !

Rentrant de pension le samedi, je courais à la bibliothèque pour fouiller les rayonnages, feuilleter les nouveautés, reprendre du carburant : action, rêve, défis, évasion, mes 10-13 ans ont été emportés par ces héros et leurs aventures. A la découverte des univers et des auteurs, j'ai inscrit dans mes petits bonheurs celui de savourer un mot nouveau, d'en chercher le sens, de relire une phrase pour en écouter la musique… Comment comprendre que certains jeunes aujourd'hui, semblent si insensibles à ce régal ?

07/02/2010

Goûter dînatoire

xJe me souviens... Certains dimanches, à la maison, le dîner se transformait impromptu en "goûter dînatoire". L'info sortait tard ; elle était sans doute directement liée et inversement proportionnelle à l'envie de maman de préparer un vrai repas... Alors, en début de soirée, vers dix-neuf heures, on sortait ce qui traînait dans le frigo et les placards pour organiser un quasi pique-nique. L'original de la chose était de pouvoir à loisir mélanger sucré, salé, dans n'importe quel ordre et sans souci de la diététique.

En hiver, cela donnait des mélanges très étranges de chocolat au lait chaud et tartines de rillettes, de Floraline (délice de mon enfance, une fête authentique...) suivie d'un grignotis de saucisson. Si c'était l'été, on sortait la table de la cuisine et l'affaire avait lieu dans le jardin, à la lueur du crépuscule tombant derrière les arbres de la rivière. Je garde en mémoire le goût des crack-pain Wasa, réservés à ce seul usage et sur lesquels on déposait sur une fine couche de mayonnaise des lamelles de champignons frais, de poivron, des radis, du fromage...

L'atmosphère était plus détendue, moins formelle ; on traînait un peu ; quelle que soit la composition du menu, l'impression de transgresser légèrement les règles habituelles était en elle-même tout à fait jouissive !

23/12/2009

Noëls d'enfance


Je me souviens... Petite fille, la semaine précédant Noël je m'affairais toujours auprès de maman pour préparer truffes en chocolat, cakes et fruits déguisés, tout en pensant aux retrouvailles familiales ! C'était comme un rite et je me vois encore travailler la pâte d'amandes en y incorporant la couleur rose ou verte, ou bien séparer les petites caissettes de papier pour y déposer les pruneaux fourrés. Puis nous partions à Lugny avec tout notre chargement.
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Le 24, après avoir installé les santons de la crèche, la mousse, les bougies, le sapin, on dînait légèrement et j'allais me coucher tôt comme les autres soirs. Mais quelque temps plus tard on venait me réveiller, un peu difficilement dans ce premier sommeil... Je devais ré-enfiler mollement pulls et pantalon d'hiver, coiffer mon bonnet et me blottir dans l'auto sans trop penser, pour rejoindre dans le froid et la neige l'église de l'un ou l'autre des villages alentour.
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Dans la chaleur du gros poêle et les craquements de sa dilatation, entre les odeurs de salpêtre et d'encens, on s'asseyait sur de mauvais bancs pour suivre une messe de minuit bien rurale : dégustation immuable de "Douce nuit, sainte nuit", "Il est né le divin enfant", sans oublier le final : "Les anges dans nos campagnes" ... Mais je crois bien que c'est chanter, justement, qui me réveillait complètement.
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Au retour, il fallait ranimer les braises du feu que l'on avait chargé à mort avant de partir. Puis c'était l'émerveillement du réveillon au cœur de la nuit, des rires, des friandises, des papillottes et des clémentines parsemées au pied du sapin, de l'ouverture des cadeaux avec les frères et soeur. Le lendemain, si la neige avait tenu, on irait essayer la nouvelle luge au-delà du chemin des Terrasses...!

18/10/2009

L'étang

Je me souviens... Pour aller se baigner dans les chaudes journées d'été, à quelques kilomètres de Lugny, il y avait trois options. Les paresseux trouvaient l'adulte de bonne composition qui acceptait de les emmener en voiture ; les plus courageux partaient à pied, en passant par le Mont de Lucey et c'était tout de même une jolie ballade. En intermédiaire, on pouvait aussi prendre son vélo et pédaler fort dans les montées, avec la perspective stimulante de l'eau verte et fraîche à l'arrivée !
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Quoiqu'il en soit, pour la dernière partie du chemin on descendait à l'ombre des arbres, un sentier délicieusement parfumé par l'odeur des sapins. Glissant sur les aiguilles, écartant les branches basses et savourant à l'avance la baignade promise... Lorsqu'on entendait le bruit des ruisseaux, on imaginait la digue et si des rires ou des cris parvenaient jusqu'à nous, on savait qu'on ne serait pas seuls.
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Sac à dos posé, et quelque soit la température (17°C dans les meilleurs jours !), on était vite à l'eau : les plus hésitants descendant prudemment le long de l'écluse, éclaboussés par les téméraires qui avaient sauté direct. Les bons nageurs partaient alors jusqu'au bout de l'étang chercher des nénuphars... Puis venait le temps du goûter, bien au chaud dans le soleil.

09/09/2009

Corbeaux

Je me souviens... Le soir venu, dans le jardin de Bar, tous les corbeaux rappliquaient pour se regrouper en haut des grands arbres du bord de la rivière.

On ne les avait pas remarqués de la journée puis tout à coup, comme sur un signal secret, des myriades d'ailes noires se profilaient et les oiseaux ralliaient leur repaire. Sur fond de soleil couchant, on distinguait bien mieux les gros nids sombres, perchés dans les branches ; et les croassements multiples donnaient à ce rassemblement général une allure de cérémonie bruyante et exaltée.

A la fin du jour, après les réclamations d'usage, c'était aussi pour nous autres, enfants, l'heure de poser les vélos, de ranger les jeux dans la nuit tombante, et de rentrer à la maison prendre son bain...

21/07/2009

Tuiles

Je me souviens... de l'odeur extraordinaire de la salle à manger dans la maison de mon grand père. La pièce me semblait immense, avec une très longue table, mais on n'y prenait jamais les repas et à vrai dire on y entrait peu ; les armoires servaient plutôt à entreposer de la vaisselle, des verres, des nappes, etc. Les volets étaient souvent tirés, donnant une impression assez austère. Cependant, c'est sur le buffet à gauche de la porte que Marie faisait refroidir de temps à autre de délicieuses tuiles à la peau de lait ou aux amandes... Toute la pièce s'imprégnait du parfum douceâtre de l'amande et de la pâtisserie fraîche, réalisée dans la petite cuisine aux carreaux de faïence bleu et blanc. J'attendais comme un cadeau le simple fait d'être autorisée à entrer dans cette pièce, qui a longtemps conservé cette délicieuse odeur...

24/05/2009

Pavillon

Je me souviens... tout au fond du jardin de Bar, au bord de la rivière, se trouvait un petit pavillon hexagonal charmant quoiqu'un peu décrépit. Trois marches à gravir pour entrer, trois mètres carrés au sol tout au plus et un toit en pointe. On y remisait des cannes à pêche, des musettes, hameçons et bouchons en liège, ainsi que des chaises de jardin bien abîmées. C'était un abri évident lors des jeux de cache-cache, même s'il fallait faire attention à ne pas se tordre la cheville entre les lattes de plancher assez fatiguées.
Mais le miracle, pour mes yeux d'enfant, avait lieu lorsqu'on passait son regard à travers la fenêtre, composée de six grandes vitres irrégulières, colorées chacune d'une teinte différente. Perchée sur une chaise, sans me lasser, je m'émerveillais de découvrir la rivière et les arbres alentour tout en jaune, puis en vert, et rouge, et bleu, et mauve...!
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17/04/2009

Tuilerie

Je me souviens... de l'ancienne tuilerie en contrebas de la maison de Lugny. Au siècle dernier, on y fabriquait de la tuile de Bourgogne, et de magnifiques frontons et faîtières. C'était encore un grand bâtiment dans mon enfance, abandonné depuis belle lurette par les hommes de l'art et qui a fini par être rasé car devenu trop dangereux.
Mais, petits, on y allait jouer à cache-cache, faire rouler les wagonnets, et aussi chercher des "séchoirs" à tuiles : imaginez une structure rectangulaire en bois sur laquelle on faisait refroidir la tuile après cuisson (ou sécher avant ?). Après tant d'années, ces rectangles de planchettes étaient secs à point pour allumer nos feux d'été !
Au sol, on marchait dans deux bons centimètres d'épaisseur de poussière de brique rouge, et il fallait regarder à deux fois où poser le pied, pour ne pas passer malencontreusement à travers le sol de l'étage.
Je me souviens aussi qu'alentour, on pouvait encore trouver de la glaise fraîche dans des réserves souterraines. Combien de cendriers, vases, figurines n'a-t-on fait cuire dans le four de tante France, dont la vieille cuisinière en fonte fonctionnait toute la journée...

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18/03/2009

Jonquilles

Je me souviens... de l'éclosion des jonquilles à Bar, tout à coup, sous les arbres. Quelques crocus épars avaient d'abord percé l'herbe épaisse et encore fade du bord du ruisseau. Puis un peu plus loin, on voyait ensuite poindre les tiges vertes à travers le tapis brun et humide des feuilles mortes, et des dizaines de pompons jaunes éclairer soudain le pied moussu des arbres. Nous avions la chance de pouvoir cueillir là tous nos bouquets ! Au "petit rond", après le passage sous les buis et dans une sorte d'alcôve dessinée au milieu des fûts, le jaune se mariait au blanc des narcisses qui venaient embaumer les vases...

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14/02/2009

Colza

Je me souviens... on comptait les champs de colza. Après l'hiver, on avait attendu pour aller remettre l'eau dans la maison de Lugny que le soleil permette d'ouvrir grand les fenêtres, afin de dissiper l'humidité et les restes de froidure. En avril, j'embarquais avec les parents depuis la ville, dans une voiture pleine de diverses denrées d'approvisionnement. La campagne n'est pas encore bien réveillée autour de Pâques ; mais avec un peu de chance, entre les terres fraîchement labourées, les forêts encore brunes et le vert tendre des prairies nouvelles, le tournant des collines s'éclairait déjà des carrés de colza tout jaunes... Le grand jeu était alors d'en dénombrer le plus possible avant d'arriver !
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